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Textes de l’enseignement social de l’Eglise catholique (Ceras-projet)

mercredi 7 décembre 2005

- La paix, construite sur le respect de l’autre et non sur la loi du plus fort

- La dignité de la personne humaine au centre de la pensée sociale de l’Eglise

- Une économie au service du progrès social

- L’ouverture au monde et la lutte universelle contre la pauvreté

- Liberté de conscience et pluralisme

- La participation de tous à la vie publique

- La famille et le respect de la vie

- L’activité humaine et le Royaume, la Parousie

- Glossaire


La paix, construite sur le respect de l’autre et non sur la loi du plus fort

De la guerre à la paix
La paix elle-même
La paix construite sur le respect des personnes, le bien de chacune
Besoin d’autorité politique internationale, coopération à son établissement

De la guerre à la paix

“La guerre est une aventure sans retour ! En faisant (au contraire) appel à la raison, à la patience et au dialogue, et dans le respect des droits inaliénables des peuples et des gens, il est possible de découvrir et de parcourir les voies de l’entente et de la paix” (Jean Paul II, Noel 1990). Jean XXIII en 1963 : “En cette époque, la nôtre, qui se glorifie de la force atomique, il est déraisonnable de penser que la guerre est encore un moyen adapté pour obtenir justice de la violation des droits” (PT 127).
Le Concile poursuivait : “Le progrès de l’armement scientifique accroît démesurément l’horreur et la perversion de la guerre... très au-delà des limites d’une légitime défense... Le risque particulier de la guerre moderne consiste en ce qu’elle fournit pour ainsi dire l’occasion à ceux qui possèdent des armes scientifiques plus récentes de commettre de tels crimes ; et, par un enchaînement en quelque sorte inexorable, elle peut pousser la volonté humaine aux plus atroces décisions... Mettons [donc] à profit le délai dont nous jouissons et qui nous est concédé d’en haut pour que, plus conscients de nos responsabilités personnelles, nous trouvions les méthodes qui nous permettent de régler nos différends d’une manière plus digne de l’homme... Nous devons tendre à préparer de toutes nos forces ce moment où, de l’assentiment général des nations, toute guerre pourra être absolument interdite” (GS 81-82).

La paix elle-même

“La paix n’est pas pure absence de guerre, et elle ne se borne pas à assurer l’équilibre de forces adverses ; elle ne provient pas non plus d’une domination despotique, mais c’est en toute vérité qu’on la définit ‘oeuvre de justice’ (Es 32, 17)... Elle est le fruit ‘un ordre inscrit dans la société humaine par son divin Fondateur, et qui doit être réalisé par des hommes qui ne cessent d’aspirer à une justice plus parfaite” (GS 78).
Jean-Paul II, en 2002 : “Les souffrances indicibles des peuples et des individus, et parmi eux beaucoup de mes amis et de personnes que je connaissais, causées par les totalitarismes nazi et communiste, ont toujours suscité en moi des interrogations et ont stimulé ma prière... La conviction à laquelle je suis parvenu en réfléchissant et en me référant à la Révélation biblique est qu’on ne rétablit pleinement l’ordre brisé qu’en harmonisant entre eux la justice et le pardon... Mais comment, dans les circonstances actuelles, parler de justice et, en même temps, de pardon comme sources et conditions de la paix ? Ma réponse est : on peut et on doit en parler, malgré les difficultés que comporte ce sujet... Le pardon ne s’oppose d’aucune manière à la justice, car il ne consiste pas à surseoir aux exigences légitimes de réparation de l’ordre lésé. Le pardon vise plutôt cette plénitude de justice qui mène à la tranquillité de l’ordre, celle-ci étant bien plus qu’une cessation fragile et temporaire des hostilités : c’est la guérison en profondeur des blessures qui ensanglantent les esprits. Pour cette guérison, la justice et le pardon sont tous les deux essentiels ” (Message pour la journée mondiale de la Paix, 1er janvier 2002).

La paix construite sur le respect des personnes, le bien de chacune

“La paix dont nous parlons ne peut s’obtenir sur terre sans la sauvegarde du bien des personnes ni sans la libre et confiance communication entre les hommes des richesses de leur esprit et de leurs facultés créatrices. La ferme volonté de respecter les autres hommes et les autres peuples ainsi que leur dignité, la pratique assidue de la fraternité sont absolument indispensables à la construction de la paix. [Même,] la paix est le fruit de l’amour qui va bien au-dela de ce que la justice peut apporter... C’est pourquoi, accomplissant la vérité dans la charité, tous les chrétiens sont appelés avec insistance à se joindre aux hommes véritablement pacifiques pour implorer et instaurer la paix”(GS 79).

Besoin d’autorité politique internationale, coopération à son établissement

Le bien commun universel soulève désormais des problèmes extrêmement graves, difficiles, et qui exigent une solution rapide, surtout quand il s’agit de défense, de sécurité et de paix mondiales. D’autre part, au regard du droit, les pouvoirs publics des diverses communautés politiques se trouvent sur un pied d’égalité les uns à l’égard des autres ; ils ont beau multitplier les congrès et les recherches en vue d’établir de meilleurs instruments juridiques, ils ne parviennent plus à affronter et résoudre efficacement ces problèmes. Non pas qu’eux-mêmes manquent de bonne volonté et d’initiative, mais c’est l’autorité dont ils sont investis qui est insuffisante... [Or] un lien essentiel unit le bien commun avec la structure et le fonctionnement des pouvoirs publics. L’ordre moral, qui postule une autorité publique pour servir le bien commun dans la société civile, réclame en même temps pour cette autorités les moyens nécessaires à sa tâche... Aujourd’hui, le bien commun universel pose des problèmes de dimensions mondiales. Il ne peuvent être résolus que par une autorité publique dont le pouvoir, la constitution et les moyens d’action prennent eux aussi des dimensions mondiales, et qui puisse exercer son action sur toute l’étendue de la terre. L’ordre moral lui-même exige la constitution d’une autorité publique de compétence universelle” (PT 134-137).
40 ans après, certes, Jean-Paul II dit : “Il faut malheureusement constater les fréquentes hésitations de la communauté internationale concernant le devoir de respecter et d’appliquer les droits humains... En même temps, nous sommes témoins de l’accroissement d’un écart entre une série de nouveaux ‘droits’ promus dans les sociétés technologiquement avancées et des droits humains élémentaires qui ne sont pas encore respectés, surtout dans les situations de sous-développement : je pense, par exemple ; au droit à la nourriture, à l’eau potable, au logement, à l’auto-détermination et à l’indépendance. La paix exige que cet écart soit réduit de manière urgente et en définitive supprimé” (Message pour la journée de la paix, 1er janvier 2003).
Notes de base de page numériques :
1PT : Pacem in terris, 1963 ; le Concile, GS, Gaudium et spes, 1965, Synode des évêques, Iustitia in mundo, 1971

Pour citer cet article :
, « La paix, construite sur le respect de l’autre et non sur la loi du plus fort1 », ceras, Enseignement social, Publications,
document.php ?id=44

La dignité de la personne humaine au centre de la pensée sociale de l’Eglise

L’homme à l’image de Dieu
Respect de la personne humaine
Commentaire

L’homme à l’image de Dieu

12 Croyants et incroyants sont généralement d’accord sur ce point : tout sur terre doit être ordonné à l’homme comme à son centre et à son sommet.
Mais qu’est-ce que l’homme ? Sur lui-même, il a proposé et propose encore des opinions multiples, diverses et mêmes opposées, suivant lesquelles, souvent, ou bien il s’exalte lui-même comme une norme absolue, ou bien il se rabaisse jusqu’au désespoir : d’où ses doutes et ses angoisses. Ces difficultés, l’Eglise les ressent à fond, instruite par la Révélation divine, elle peut y apporter une réponse, où se trouve dessinée la condition véritable de l’homme, où sont mises au clair ses faiblesses, mais où peuvent en même temps être justement reconnues sa dignité et sa vocation.
La Bible, en effet, enseigne que l’homme a été créé "à l’image de Dieu", capable de connaître et d’aimer son Créateur, qu’il a été constitué seigneur de toutes les créatures terrestres (1) pour les dominer et pour s’en servir, en glorifiant Dieu (2). "Qu’est-ce donc l’homme, pour que tu te souviennes de lui ? ou le fils de l’homme pour que tu te soucies de lui ? A peine le fis-tu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et de splendeur : tu l’établis sur l’œuvre de tes mains, tout fut mis par toi sous ses pieds" (Ps 8,5-7).
Mais Dieu n’a pas créé l’homme solitaire : dès l’origine, "il les créa homme et femme" (Gn 1,27). Cette société de l’homme et de la femme est l’expression première de la communion des personnes. Car l’homme, de par sa nature profonde, est un être social, et, sans relations avec autrui, il ne peut vivre ni épanouir ses qualités.
C’est pourquoi Dieu, lisons-nous encore dans le Bible, "regarda tout ce qu’il avait fait et le jugea très bon" (Gn 1,31).
Notes :
(1) cf. Gn 1,26 ; Sg 2,23
(2) cf. Si 17,3-10
(Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n°12.)

Respect de la personne humaine

27 Pour en venir à des conséquences pratiques et qui présentent un caractère d’urgence particulière, le Concile insiste sur le respect de l’homme : que chacun considère son prochain, sans aucune exception, comme "un autre lui-même", tienne compte avant tout de son existence et des moyens qui lui sont nécessaires pour vivre dignement (8), et garde d’imiter ce riche qui ne prit nul souci du pauvre Lazare (9).
De nos jours surtout, nous avons l’impérieux devoir de nous faire le prochain de n’importe quel homme et, s’il se présente à nous, de le servir activement : qu’il s’agisse de ce vieillard abandonné de tous, ou de ce travailleur étranger, méprisé sans raison, ou de cet exilé, ou de cet enfant né d’une union illégitime qui supporte injustement le poids d’une faute qu’il n’a pas commise, ou de cet affamé qui interpelle notre conscience en nous rappelant la parole du Seigneur : "Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25,40).
De plus, tout ce qui s’oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d’homicide, le génocide, l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré ; tout ce qui constitue une violation de l’intégrité de la personne humaine, comme les mutilations, la torture physique ou morale, les contraintes psychologiques ; tout ce qui est offense à la dignité de l’homme, comme les conditions de vie sous-humaines, les emprisonnements arbitraires, les déportations, l’esclavage, la prostitution, le commerce des femmes et des jeunes ; ou encore les conditions de travail dégradantes qui réduisent les travailleurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard pour leurs personnalité libre et responsable : toutes ces pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes. Tandis qu’elles corrompent la civilisation, elles déshonorent ceux qui s’y livrent plue encore que ceux qui les subissent et insultent gravement à l’honneur du Créateur.
Notes :
(8) Cf. Jc 2,15-16
(9) Cf. Lc 16,19-31
(Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n°27)

Commentaire

La personne humaine et la reconnaissance de sa dignité sont au centre de la pensée sociale mais aussi de toute la pensée morale de l’Eglise. Au Concile Vatican II, Gaudium et Spes, comporte en première partie une véritable « charte » du personnalisme chrétien. Le chapitre premier intitulé « la dignité de la personne humaine » développe longuement cette vision humaniste qui est aussi enracinée dans une vision théologique. Cette « juste conception de la personne humaine, de sa valeur unique » qui, comme dit Jean-Paul II dans Centisimus Annus (n°11) « sert de trame et, d’une certaine manière de guide à toute la doctrine sociale de l’Eglise », est appuyée sur plusieurs raisons théologiques : l’homme est créé à l’image de Dieu, le Fils de Dieu est devenu vrai homme, l’humanité a été rachetée par la passion, la mort et la résurrection du Christ, qui lui ouvre même le chemin de la « divinisation ». Pour un chrétien, les « droits de l’homme » sont fondés sur cette « dignité de la personne » et corrélatifs de sa vocation à s’accomplir jusqu’au bout. La dignité de l’homme est au fondement de la vie sociale. De celle-ci découlent les principes de solidarité et de subsidiarité qui sont les deux principes fondamentaux de la doctrine sociale (cf. Congrégation pour la doctrine de la foi, Instruction sur la liberté chrétienne et la libération n°73). En vertu de la solidarité, l’homme doit contribuer avec ses semblables au bien commun de la société. En vertu de la subsidiarité, ni l’Etat ni aucune société ne doivent se substituer à l’initiative et à la responsabilité des personnes et des communautés intermédiaires au niveau où elles peuvent agir. Selon ce principe, l’Etat et la société doivent aussi aider les membres du corps social.
Pour citer cet article :
, « La dignité de la personne humaine au centre de la pensée sociale de l’Eglise », ceras, Enseignement social, Publications,
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Une économie au service du progrès social1

L’économie
Le travail, les biens
Le progrès social
Libre échange et égalité des partenaires
Le libéralisme
Sur le système contemporain

L’économie

“ Il faut encourager le progrès technique, l’esprit d’innovation, la création et l’extension d’entreprises, l’adaptation des méthodes, l’effort soutenu de tous ceux qui participent à la production... Mais le but fondamental d’une telle production n’est pas la seule multiplication des biens produits, ni le profit ou la puissance ; c’est le service de l’homme : de l’homme tout entier, selon la hiérarchie de ses besoins... ; de tout homme, aussi, tout groupe d’hommes, sans distinction” (GS 64). Et : “Le développement doit demeurer sous le contrôle de l’homme” (GS 65).

Le travail, les biens

“Le travail des hommes... passe avant les autres éléments de la vie économique, qui n’ont valeur que d’instruments” (GS 67, cf. Laborem exercens). Et “Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous... Quelles que soient les formes de la propriété... on doit toujours tenir compte de cette destination universelle” (GS 69). Précision : « Ce que l’industrie humaine produit par la transformation des matières premières, avec l’apport du travail, doit servir également au bien de tous »(SRS 39).

Le progrès social

“La seule initiative individuelle et le simple jeu de la concurrence ne sauraient assurer le succès... Tout programme tendant à l’accroissement de la production est là en définitive... pour réduire les inégalités, combattre les discriminations, libérer l’homme de ses servitudes, le rendre capable d’être lui-même l’agent responsable de son mieux-être matériel, de son progrès moral et de son épanouissement spirituel. Dire : dévelopement, c’est se soucier autant de progrès social que de croissance économique” (PP 33-34). Il faut ajouter : “Le combat contre la misère, urgent, nécessaire, est insuffisant. Il s’agit de construire un monde où tout homme, sans exception de race, de religion, de nationalité, puisse vivre une vie pleinement humaine, affranchie des servitudes qui lui viennent des hommes et d’une nature insuffisamment maîtrisée : un monde où la liberté ne soit pas un vain mot” (PP 47).

Libre échange et égalité des partenaires

« Les avantages de la règle de livre échange sont évidents quand les partenaires ne se trouvent pas en conditions trop inégales de puissance économique... Il n’en est plus de même quand les conditions deviennent trop inégales : alors les prix qui se forment ‘librement’ sur le marché peuvent entraîner des résultats iniques » (PP 58). « La justice sociale exige [entre autres] que le commerce international, pour être humain et moral, rétablisse entre les partenaires au moins une certaine égalité de chances” (PP 61).

Le libéralisme

« Un courant pro-libéral s’affirme aujourd’hui, disait Paul VI dès 1971, soit au nom de l’efficacité économique, soit pour défendre l’individu contre les emprises de plus en plus envahissantes des organisations, soit contre les tendances totalitaires des pouvoirs publics. Et, certes, l’initiative personnelle est à maintenir, et à développer. Cependant, les chrétiens qui s’engagent dans cette voie n’ont-ils pas tendance à idéaliser... le libéralisme, [grande] proclamation en faveur de la liberté ? L’idéologie libérale requiert... un discernement attentif » (OA 35).
« Le droit à l’initiative économique est [certes] un droit important, non seulement pour les individus mais aussi pour le bien commun. L’expérience montre que la négation de ce droit ou sa limitation au nom d’une prétendue égalité de tous dans la société réduit, quand elle ne détruit pas tout à fait, l’esprit d’initiative, c’est-à-dire la personnalité créative du citoyen... Prévalent [alors] la passivité, la dépendance et la soumission à l’appareil bureaucatique, lequel... met tout le monde dans une position de sujétion, quasi-absolue, semblable à la dépendance traditionnelle de l’ouvrier-prolétaire par rapport au capitalisme. Ceci engendre frustration ou désespoir, et prédispose à se désintéresser de la vie nationale, poussant à l’émigration, favorisant aussi de l’émigration ‘psychologique’ » (SRS 15).

Sur le système contemporain

“L’économie moderne de l’entreprise comporte des aspects positifs dont la source est la liberté de la personne” (CA 32). « [Actuellement, malheureusement] De nombreux hommes, et sans doute la grande majorité, ne disposent pas des moyens d’entrer, de manière efficace et digne de l’homme, dans un système d’entreprise où le travail occupe une place réellement centrale... S’ils ne sont pas exploités, ils sont sérieusement marginalisés, le développement économique se poursuit, pour ainsi dire, au-dessus de leurs têtes... » (CA 33 : ceci pas seulement dans le tiers monde). « Il faut, dit Jean-Paul II, rompre les barrières et les monopoles qui maintiennent de nombreux peuples en marge du développement, assurer à tous les individus et à toutes les nations les conditions élémentaires qui permettent de participer au développement » (CA 35).
A propos du marché, institution souvent louable : « Il ne vaut [toutefois] que pour les besoins ‘solvables’ en ce sens qu’on dispose d’un pouvoir d’achat, et pour les ressources ‘vendables’, susceptibles d’être payées à un juste prix... De nombreux besoins humains ne peuvent être satisfaits par le marché. C’est un strict devoir de justice et de vérité de faire en sorte qu’ils ne restent pourtant pas insatisfaits, et que ne périssent pas les hommes qui souffrent de ces carences. En outre, il faut que ces hommes dans le besoin soient aidés à acquérir des connaissances, à entrer dans les réseaux de relations, à développer leurs aptitudes pour mettre en valeur leurs capacités et leurs ressources personnelles. Avant même la logique des échanges à parité et des formes de la justice qui les régissent il y a un certain dû à l’homme parce qu’il est homme, en raison de son éminente dignité. Ce dû comportant inséparablement la possibilité de survive et celle d’apporter une contribution active au bien commun de l’humanité » (CA 34).
Notes de base de page numériques :
1 GS, le Concile, Gaudium et spes, 1965 ; PP, Populorum progressio, 1967 ; OA : Octogesima adveniens, 1971 ; SRS, Sollicitudo rei socialis,1988 ; CA, Centesimus annus, 1991.

Pour citer cet article :
, « Une économie au service du progrès social1 », ceras, Enseignement social, Publications,
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L’ouverture au monde et la lutte universelle contre la pauvreté1

Lutte contre la misère et la pauvreté
Participation à la construction de l’ordre international
Solidarité et coopération dans le domaine économique
Obstacles
Amour préférentiel pour les pauvres
Réformes nécessaires

Lutte contre la misère et la pauvreté

“Jamais le genre humain n’a regorgé d’autant de richesses, de tant de possibilités, d’une telle puissance économique ; et pourtant une part considérable des habitants du globe sont encore tourmentés par la faim et la misère, et des multititudes d’êtres humains ne savent ni libre ni écrire... Les peuples de la faim interpellent les peuples de l’opulence... Les travailleurs, ouvriers et paysans, veulent non seulement gagner leur vie, mais développer leur personnalité par leur travail, mieux, participer à l’organisation de la vie économique, soiale, politique et culturelle” (GS 4 et 9). En 1988, le diagnostic de Jean-Paul II s’ouvre par “la persistance du fossé entre les régions dites du Nord développé et celles du Sud en voie de développement” (SRS 14).

Participation à la construction de l’ordre international

“Les chrétiens, dit le Concile, collaboreront de bon gré et de grand coeur à la construction de l’ordre international qui doit se faire dans un respect sincère des libertés légitims dans l’amicale fraternité entre tous. Ils le feront d’autant plus volontiers que la plus grande partie du globe souffre encore d’une telle misère que le Christ lui-même, dans la personne des pauvres, réclame comme à haute voix la charité de ses disciples” (GS 88). “Au moment où se développent les liens d’une étroite dépendance entre tous les citoyens et tous les peuples de la terre, une recherche adéquate et une réalisation plus efficace du bien commun universel exigent que la communauté des nations s’organise selon un ordre qui correspondent aux tâches actuelles, principalement en ce qui concerne ces nombreuses régions souffrant encore d’une disette intolérable. Pour atteindre ces fins, les institutions de la communauté internationale doivent, chacune pour sa part, pourvoir aux divers besoins des hommes, aussi bien dans le domaine de la vie sociale (alientation, santé, éducation, travail s’y rapportent), que pour faire face à maintes circonstances particulières qui peuvent surgir ici ou là : par exemple, la nécessité d’aider la croissance générale des nations en voie de développement, celle de subvenir aux misères des réfugiés dispersés dans le monde, celle encore de fournir assistance aux migrants et à leurs familles” (GS 84).

Solidarité et coopération dans le domaine économique

“La solidarité actuelle du genre humain impose l’établissement d’une coopération internationale plus poussée dans le domaine économique. En effet, bien que tous les peuples aient acquis leur indépendance politique, il s’en faut de beaucoup qu’ils soient déjà libérés d’excessives inégalités, et de toute forme de dépendance abusive, et à l’abri de tout danger de graves difficultés intérieures. La croissance d’un pays dépend de ses ressources en hommes et en argent. L’éducation et la formation professionnelle doivent préparer les citoyens de chaque nation à faire face aux diverses tâches de la vie économique et sociale ; ceci demande l’aide d’experts étrangers... Quant à l’aide matérielle, on ne peut la fournir sans de profondes modifications dans les coutumes actuelles du commerce mondial. D’autres ressources doivent leur venir des nations évoluées, sous forme de dons, de prêts ou d’investissements financiers ; ces services doivent être rendus généreusement et sans cupidité d’un côté, reçus en toute honneteté de l’autre... Il faut en finir avec l’appétit de bénéfices excessifs, les ambitions nationales, les volontés de domination politique, les calculs des stratégies militaristes...” (GS 85).

Obstacles

A la mise à niveau s’opposent bien des « mécanismes pervers », des « structures de péché » : « Ils ne pourront être vaincus, dit Jean-Paul II, que par la pratique de la solidarité humaine et chrétienne à laquelle l’Eglise invite et qu’elle promeut sans relâche » (SRS 40).

Amour préférentiel pour les pauvres

Le point de vue chrétien central est un amour préférentiel pour les pauvres : « Il concerne la vie de chaque chrétien en tant que celui-ci imite la vie du Christ, mais il s’applique également à nos responsabilités sociales, à notre façon de vivre, aux décisions que nous avons à prendre de manière cohérente au sujet de la propriété et de l’usage des biens. Etant donné la dimension mondiale qu’a prise la question sociale, cet amour préférentiel, de même que les décisions qu’il inspire, ne peut pas ne pas embrasser les multitudes des affamés, des mendiants, des sans-abri, des personnes sans assistance médicale et, par-dessus tout, sans espérance d’avenir meilleur, on ne peut pas ne pas prendre acte de l’existence de ces réalités. Les ignorer revient à s’identifier au ‘riche bon vivant’ qui feignait de ne pas connaître Lazare le mendiant gisant près de son portail... Notre vie quotidienne doit tenir compte de ces réalités, comme aussi nos décisions d’ordre politique et économique » (SRS 42).

Réformes nécessaires

“L’intérêt actif pour les pauvres -qui, selon la formule si expressive, sont les pauvres “du Seigneur”- doit se traduire, à tous les niveaux, en actes concrets, afin de parvenir avec fermeté à une série de réformes nécessaires... Je désire rappeler : la réforme du système commercial international, grevé par le protectionnisme et par le bilatéralisme grandissant ; la réforme du système monétaire et financier international ; le problème des échanges des technologies et de leur bon usage... Le système commercial international (en particulier] entraîne souvent aujourd’hui une discrimination des productions des industries naissantes dans les pays en voie de développement en même temps qu’il décourage les producteurs de matières premières. Il existe certes aussi une sorte de division internationale du travail, selon laquelle les produits à faible prix de revient de certains pays dénués de législation du travail efficace ou trop faibles pour les appliquer, sont vendus à d’autres parties du monde avec des bénéfices considérables pour les entreprises spécialisées dans ce type de production sans frontières” (SRS 43).
Notes de base de page numériques :
1 GS, le Concile, Gaudium et spes ; SRS, Sollicitudo rei socialis, 1988

Pour citer cet article :
, « L’ouverture au monde et la lutte universelle contre la pauvreté1 », ceras, Enseignement social, Publications,
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Liberté de conscience et pluralisme

Liberté de conscience et droit à la liberté religieuse
Le respect de la liberté comme principe d’action
Pluralisme et proposition de vérité
Légitimité du pluralisme politique des chrétiens. Conviction et humilité.
Le pluralisme, notamment religieux : un encouragement au dialogue

Liberté de conscience et droit à la liberté religieuse

Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres. Il déclare, en outre, que le droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l’ont fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même (2). Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l’ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu’il constitue un droit civil.
(2) cf. Jean XXIII, Pacem in terris, pp.260-261. Pie XII, nuntius radioph. p.19. Pie XI, encyc. Mit brennender Sorge, 14/5/37 : AAS 29 (1937), p.160. Léon XIII, encyc. Libertas praestantissimum, 20/6/1888 : Act Léon XIII 8,1888, pp. 237- 238.
(Concile Vatican II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, n°2)

Le respect de la liberté comme principe d’action

Et l’Eglise n’ignore pas le danger du fanatisme, ou du fondamentalisme, de ceux qui, au nom d’une idéologie qui se prétend scientifique ou religieuse, estiment pouvoir imposer aux autres hommes leur conception de la vérité et du bien. La vérité chrétienne n’est pas de cette nature. N’étant pas une idéologie, la foi chrétienne ne cherche nullement à enfermer dans le cadre d’un modèle rigide la changeante réalité sociale et politique et elle admet que la vie de l’homme se réalise dans l’histoire de manières diverses et imparfaites. Cependant l’Eglise, en réaffirmant constamment la dignité transcendante de la personne, adopte comme règle d’action le respect de la liberté ( Cf. Vatican II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae )
(Jean-Paul II, Centissimus Annus, 1991, n°46)

Pluralisme et proposition de vérité

Comment l’Eglise peut-elle annoncer la Bonne Nouvelle dans une société pluraliste ? Comment peut-elle concilier respect du pluralisme et conscience de pouvoir toujours trouver dans la Révélation la vérité dernière sur l’homme et sur le monde ? (...).
Si, pour les chrétiens, la vérité est révélée en Jésus-Christ, elle ne devient pas pour autant un objet possédé. L’Eglise, tout au long de sa démarche, ne fait pas autre chose que d’essayer de s’accorder au mieux qu’elle peut à la Vérité qu’elle a reçue. Sa parole et son action ne sont jamais que sa manière, toujours marquée d’insuffisance, de dire et de manifester l’accueil qu’elle fait de cette Vérité vers laquelle elle tend, mais qu’elle n’a jamais fini de découvrir et de mettre en œuvre.
Si elles acceptent cette manière modeste de se situer, les communautés chrétiennes pourront aussi reconnaître, dans d’autres communautés, des chemins vers la vérité et qui consonent bien à l’Evangile.
Une société démocratique n’est pas une société bâtie sur des principes qui s’imposeraient à tous, mais une société du débat où les différences sont appelées à composer en vue d’objectifs communs. L’Eglise catholique peut sans doute là réaffirmer sa prétention à paraître sur la place publique et à apporter sa contribution au débat démocratique. Les croyants ne peuvent pas prétendre imposer à tous leur manière de voir ou d’organiser la vie sociale. Mais leur convictions constituent des contributions utiles à la recherche des moyens d’une vie commune fraternelle.
(Commission Episcopale du Monde Scolaire et Universitaire - mai 1989- « Eduquer n’est pas contraindre », pluralisme et vérité, n°24-27)

Légitimité du pluralisme politique des chrétiens. Conviction et humilité.

C’est légitimement que les chrétiens adoptent l’une ou l’autre attitude ou s’engagent dans l’une ou l’autre option [politique]. Cette adhésion ou ce choix sont une nécessité préalable pour se réclamer du pluralisme. (....)
[Celui-ci] requiert que personne ne soit exclu de la bataille pour l’homme et qu’on reconnaisse une part aux opposants dans le projet que l’on forme d’une société meilleure. (...)
La diversité même des pensées et des pratiques politiques ne permet jamais de dire que l’état est pleinement réussi des choses est ici ou là. Au contraire, elle est une invite à un « remembrement de la vérité » par affrontement et dépassement des théories et des expériences divergentes. Ainsi donc l’attitude pluraliste ne peut que marier la conviction la plus engagée et l’humilité la plus profonde, exorcisant par là même la neutralité et l’intolérance, également néfastes à la vie sociale.
(Déclaration de l’assemblée plénière de l’épiscopat : Pour une pratique chrétienne de la politique,
28 octobre 1972, n° 19-23)

Le pluralisme, notamment religieux : un encouragement au dialogue

Très lié au principe de laïcité, le pluralisme, notamment dans le domaine religieux, est un état de fait qui demande à être reconnu, avec toutes ses implications. D’autant plus que la dimension religieuse de l’existence humaine, après avoir été longtemps soupçonnée ou refoulée, est aujourd’hui assez généralement réhabilitée, et que de nouvelles traditions religieuses et spirituelles, notamment l’Islam et le bouddhisme, sont désormais présentes dans notre pays et y manifestent leur vitalité. Pour nous, catholiques de France, qui avons été par-fois habitués à occuper dans notre pays une position hégémonique ou exclusive, ce pluralisme de fait est un encouragement au dialogue et à la confrontation, spécialement sur le terrain de l’expérience religieuse et spirituelle. C’est à nous, d’abord, qu’il appartient de comprendre que l’expérience de Dieu ne s’impose jamais de l’extérieur, mais qu’elle s’enracine dans le désir religieux, dans le pressentiment du sacré qui habite chaque être humain. Le dialogue avec des croyants qui se réclament des autres traditions religieuses n’est donc pas facultatif pour nous. Il permet de reconnaître comment la recherche de Dieu et la relation à Dieu façonnent, quoique différemment, une existence humaine. Contrairement à ce que l’on craint parfois, le dialogue entre croyants de religions différentes, quand il porte vraiment sur la recherche et l’expérience de Dieu et sur leurs implications dans l’existence humaine, n’aboutit pas au relativisme. Il appelle plutôt à comprendre davantage comment des libertés et des consciences personnelles sont en quête de l’Absolu. L’annonce de l’Évangile est devenue aujourd’hui inséparable de ce dialogue interreligieux.
(Conférence des évêques de France, Proposer la foi dans la société actuelle. Lettre aux catholiques de France, 1996, II. 3, « Un contexte de pluralisme »)
Pour citer cet article :
, « Liberté de conscience et pluralisme », ceras, Enseignement social, Publications,
document.php ?id=48

La participation de tous à la vie publique

Le droit et le devoir de tous de participer à la vie politique
Conditions d’une démocratie authentique : structures de participation, protection des droits
Le souci de l’éducation civique et politique
Le rôle des chrétiens et de l’Eglise

Le droit et le devoir de tous de participer à la vie politique

Le droit et le devoir de participer à la vie politique ne sont pas réservés à quelques catégories. Reprenant l’enseignement du Concile Vatican II (GS, 73-76) et du synode des évêques de 1987, Jean-Paul II affirme : « Tous et chacun ont le droit et le devoir de participer à la vie politique ; cette participation peut prendre une grande diversité et complémentarité de formes, de niveaux, de tâches et de responsabilités. Les accusations d’arrivisme, d’idolâtrie du pouvoir, d’égoïsme et de corruption, qui bien souvent sont lancées contre les hommes du gouvernement, du parlement, de la classe dominante, des partis politiques, comme aussi l’opinion assez répandue que la politique est nécessairement un lieu de danger moral, tout cela ne justifie pas le moins du monde ni le scepticisme, ni l’absentéisme des chrétiens pour la chose publique » (Jean-Paul II, Les fidèles laïcs, n°42).
(Commission sociale des évêques de France, La politique est l’affaire de tous. Droit et devoir de tous de participer à la vie politique, DC 2039, 1er décembre 1991, pp. 1049-1050)
La démocratie a besoin de vertu. (...) La notion de citoyenneté, dont il est tant question aujourd’hui, ne se réduit pas au seul contrôle, à intervalles réguliers, des responsables politiques choisis au rythme d’élections successives. Chacun est porteur d’un fécondité sociale à valoriser. Passer du stade de citoyen-consommateur à celui du citoyen-acteur est un objectif majeur. La politique est l’affaire de tous. Il est vain d’attendre de la classe politique, des chefs d’entreprises, des policiers, des magistrats, et des détenteurs de pouvoir... un civisme qui ne serait pas celui de l’ensemble de la population.
(Commission sociale des évêques de France, Réhabiliter la politique, 1999, n°19)

Conditions d’une démocratie authentique : structures de participation, protection des droits

Il est pleinement conforme à la nature de l’homme que l’on trouve des structures politico-juridiques qui offrent sans cesse davantage à tous les citoyens, sans aucune discrimination, la possibilité effective de prendre librement et activement part tant à l’établissement des fondements juridiques de la communauté politique qu’à la gestion des affaires publiques, à la détermination du champ d’action et des buts des différents organes, et à l’élection des gouvernants (cf. Pacem in terris, 26,52, 70-74). Que tous les citoyens se souviennent donc à la fois du droit et du devoir qu’ils sont d’user de leur libre suffrage, en vue du bien commun. L’Eglise tient en grande considération et estime l’activité de ceux qui se consacrent au bien de la chose publique et en assurent les charges pour le service de tous.
Pour que la coopération de citoyens responsables aboutisse à d’heureux résultats dans la vie politique de tous les jours, un statut de droit positif est nécessaire, qui organise une répartition convenable des fonctions et des organes du pouvoir ainsi qu’une protection efficace des droits, indépendante de quiconque. Que les droits de toutes les personnes, des familles et des groupes, ainsi que leur exercice, soient reconnus, respectés et valorisés (cf. Pacem in terris, 57-63), non moins que les devoirs civiques auxquels sont astreints tous les citoyens. Parmi ces derniers, il faut rappeler l’obligation de rendre à l’Etat les services matériels et personnels requis par le bien commun. Les gouvernants se garderont de faire obstacle aux associations familiales, sociales et culturelles, aux corps et institutions intermédiaires, ou d’empêcher leurs activités légitimes et efficaces ; qu’ils aiment plutôt les favoriser, dans l’ordre. Quant aux citoyens, individuellement ou en groupe, qu’ils évitent de conférer aux pouvoirs publics une trop grande puissance ; qu’ils ne s’adressent pas à eux d’une manière intempestive pour réclamer des secours et des avantages excessifs, au risque d’amoindrir la responsabilité des personnes, des familles et des groupes sociaux.
(Vatican II, Gaudium et Spes, n°75 : collaboration de tous à la vie publique)

L’Eglise apprécie le système démocratique, comme système qui assure la participation des citoyens aux choix politiques et garantit aux gouvernés la possibilité de choisir et de contrôler leurs gouvernants, ou de les remplacer de manière pacifique lorsque cela s’avère opportun. (...) Une démocratie authentique n’est possible que dans un Etat de droit et sur la base d’une conception correcte de la personne humaine. Elle requiert la réalisation des conditions nécessaires pour la promotion des personnes, par l’éducation et la formation à un vrai idéal, et aussi l’épanouissement de la "personnalité" de la société, par la création de structures de participation et de coresponsabilité
(Jean-Paul II, Centissimus Annus, 1991, n°43)

Le souci de l’éducation civique et politique

Pour que tous les citoyens soient en mesure de jouer leur rôle dans la vie de la communauté politique, on doit avoir un grand souci de l’éducation civique et politique ; elle est particulièrement nécessaire aujourd’hui, soit pour l’ensemble des peuples, soit, et surtout, pour les jeunes. Ceux qui sont, ou peuvent devenir, capables d’exercer l’art très difficile, mais aussi très noble de la politique, doivent s’y préparer ; qu’ils s’y livrent avec zèle, sans se soucier de leur intérêt personnel ni des avantages matériels. Ils lutteront avec intégrité et prudence contre l’injustice et l’oppression, contre l’absolutisme et l’intolérance, qu’elles soient le fait d’un homme ou d’un parti politique ; et ils se dévoueront au bien de tous avec sincérité et droiture, bien plus, avec l’amour et le courage requis par la vie politique.
(Vatican II, Gaudium et Spes, n°75)

Le rôle des chrétiens et de l’Eglise

Face aux difficultés actuelles de la vie politique, la réponse chrétienne ne peut être : « je ne fais pas de politique ». D’ailleurs « ne pas faire de politique », n’est-ce pas en fait accepter la politique de ceux qui en font ou encore faire de la politique sans le dire ? Des décisions de syndicats, d’employeurs, de financiers, mais aussi de consommateurs, et de contribuables s’inscrivent dans une visée politique, même si elle n’est pas reconnue comme telle. Chacun est appelé à devenir plus conscient de l’importance de la politique, et à mieux savoir si, par ce qu’il fait ou ne fait pas, il contribue ou non à l’orienter vers le bien commun (cf. OA, n°48) (...)
La politique est un des lieux où l’homme vit sa vocation. En oeuvrant pour la reconnaissance mutuelle des hommes, pour la justice et la paix, il entre dans le dessein que Dieu a pour le monde. Voilà pourquoi nous encourageons les chrétiens, en coopération avec tous ceux qui ont semblable objectif, à participer à la vie politique pour y faire reculer l’injustice et la violence et bâtir un avenir plus humain pour tous.
(Commission sociale des évêques de France, La politique est l’affaire de tous. Droit et devoir de tous de participer à la vie politique, DC 2039, 1er décembre 1991, pp. 1049-1050).
L’Eglise n’a ni compétence technique propre ni pouvoir institutionnel à finalité politique, mais elle a vocation à stimuler les énergies spirituelles, à rappeler le rôle fondateur des valeurs de transcendance et de spiritualité pour la construction d’un monde plus digne de l’homme, fils de Dieu. Elle invite les chrétiens à chercher dans leurs groupes et mouvements respectifs, à discerner, à agir avec d’autres croyants et avec les hommes de bonne volonté. C’est pourquoi, à la suite du document des évêques de France sur Pour une pratique chrétienne de la politique de 1972 et de leur Lettre aux Catholiques de France de 1996, nous renouvelons l’appel à construire des espaces de rencontre, de partage et de confrontation entre les personnes diversement engagées dans la politique, afin de dégager une cohérence toujours plus grande entre l’engagement personnel et l’appel de l’Evangile
(Commission sociale des évêques de France, Réhabiliter la politique, 1999, n°37)
Pour citer cet article :
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document.php ?id=49

La famille et le respect de la vie

L’amour, vocation de tout être humain
La famille structure fondamentale de la société humaine
Le rôle social et politique de la famille
La société au service de la famille
Sauvegarder la vie dès sa conception, la transmettre de façon responsable
Valeur et inviolabilité de la vie humaine, avortement et euthanasie

L’amour, vocation de tout être humain

Dieu est amour (1Jn 4,8) et il vit en lui-même un mystère de communion personnelle d’amour. En créant l’humanité de l’homme et de la femme à son image et en la conservant continuellement dans l’être, Dieu inscrit en elle la vocation, et donc la capacité et la responsabilité correspondantes, à l’amour et à la communion. (GS 12 ) L’amour est donc la vocation fondamentale et innée de tout être humain.
Puisque l’homme est un esprit incarné, c’est-à-dire une âme qui s’exprime dans un corps et un corps animé par un esprit immortel, il est appelé à l’amour dans sa totalité unifiée. L’amour embrasse aussi le corps humain et le corps est rendu participant de l’amour spirituel.(...)
(Jean-Paul II, Familiaris Consortio, 1981, n°11)

La famille structure fondamentale de la société humaine

Puisque "le Créateur a fait de la communauté conjugale l’origine et le fondement de la société humaine", la famille est devenue la "cellule première et vitale de la société" (cf. Apostolicam Actuositatem, n. 11). La famille a des liens organiques et vitaux avec la société parce qu’elle en constitue le fondement et qu’elle la sustente sans cesse en réalisant son service de la vie : c’est au sein de la famille en effet que naissent les citoyens et dans la famille qu’ils font le premier apprentissage des vertus sociales, qui sont pour la société l’âme de sa vie et de son développement. Ainsi donc, en raison de sa nature et de sa vocation, la famille, loin de se replier sur elle-même, s’ouvre aux autres familles et à la société, elle remplit son rôle social.
(Jean-Paul II, Familiaris Consortio, 1981, n. 42)
La première structure fondamentale pour une "écologie humaine" est la famille, au sein de laquelle l’homme reçoit des premières notions déterminantes concernant la vérité et le bien, dans laquelle il apprend ce que signifie aimer et être aimé et, par conséquent, ce que veut dire concrètement être une personne. On pense ici à la famille fondée sur le mariage, où le don de soi réciproque de l’homme et de la femme crée un milieu de vie dans lequel l’enfant peut naître et épanouir ses capacités, devenir conscient de sa dignité et se préparer à affronter son destin unique et irremplaçable
(Jean-Paul II, Centisimus Annus, 1991, n°39)

Le rôle social et politique de la famille

Le rôle social de la famille ne peut certainement pas se limiter a 1’oeuvre de la procréation et de l’éducation, même s’il trouve en elles sa forme d’expression première et irremplaçable.
Les familles, isolément ou en associations, peuvent et doivent donc se consacrer à de nombreuses oeuvres de service social, spécialement en faveur des pauvres et en tout cas des personnes et des situations que les institutions de prévoyance et d’assistance publiques ne réussissent pas à atteindre.
(...) Le rôle social de la famille est appelé à s’exprimer aussi sous forme d’intervention politique : ce sont les familles qui en premier lieu doivent faire en sorte que les lois et les institutions de l’Etat non seulement s’abstiennent de blesser les droits et les devoirs de la famille, mais encore les soutiennent et les protègent positivement. Il faut à cet égard que les familles aient une conscience toujours plus vive d’être les "protagonistes" de ce qu’on appelle "la politique familiale" et qu’elles assument la responsabilité de transformer la société.
(Jean-Paul II, Familiaris consortio, n°44)

La société au service de la famille

La relation étroite entre famille et société exige d’une part l’ouverture et la participation de la famille à la société et à son développement, mais d’autre part elle impose à la société de ne jamais manquer à son devoir fondamental de respecter et de promouvoir la famille.
Il est certain que la famille et la société ont des rôles complémentaires dans la défense et la promotion des biens communs à tous les hommes et à tout homme. Mais la société, et plus précisément l’Etat, doivent reconnaître que la famille est une "société jouissant d’un droit propre et primordial" (DH 5) et ils ont donc la grave obligation, en ce qui concerne leurs relations avec la famille, de s’en tenir au principe de subsidiarité.
En vertu de ce principe l’Etat ne peut pas et ne doit pas enlever aux familles les tâches qu’elles peuvent fort bien accomplir seules ou en s’associant librement à d’autres familles ; mais il doit au contraire favoriser et susciter le plus possible les initiatives responsables des familles. Les autorités publiques, convaincues du fait que le bien de la famille est pour la communauté civile une valeur indispensable à laquelle on ne saurait renoncer, doivent s’employer le plus possible à procurer aux familles toute l’aide - économique, sociale, éducative, politique, culturelle - dont elles ont besoin pour remplir de façon vraiment humaine l’ensemble de leurs obligations.
(Jean-Paul II, Familiaris consortio, n°45)

Sauvegarder la vie dès sa conception, la transmettre de façon responsable

Dieu, maître de la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie, et l’homme doit s’en acquitter d’une manière digne de lui. La vie doit donc être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception : l’avortement et l’infanticide sont des crimes abominables. La sexualité propre à l’homme, comme le pouvoir humain d’engendrer, l’emportent merveilleusement sur ce qui existe aux degrés inférieurs de la vie ; il s’ensuit que les actes spécifiques de la vie conjugale, accomplis selon l’authentique dignité humaine, doivent être eux-mêmes entourés d’un grand respect. Lorsqu’il s’agit de mettre en accord l’amour conjugal avec la transmission responsable de la vie, la moralité du comportement ne dépend donc pas de la seule sincérité de l’intention et de la seule appréciation des motifs ; mais elle doit être déterminée selon des critères objectifs, tirés de la nature même de la personne et de ses actes, critères qui respectent, dans un contexte d’amour véritable, la signification totale d’une donation réciproque et d’une procréation à la mesure de l’homme ; chose impossible si la vertu de chasteté conjugale n’est pas pratiquée d’un cœur loyal.
(Concile Vatican II : Gaudium et spes, n°51)

Valeur et inviolabilité de la vie humaine, avortement et euthanasie

Don de Dieu précieux, la vie humaine est sacrée et inviolable, et c’est pourquoi, en particulier, l’avortement provoqué et l’euthanasie sont absolument inacceptables ; la vie humaine non seulement ne doit pas être supprimée, mais elle doit être protégée avec une attention pleine d’amour ; la vie trouve son sens dans l’amour reçu et donné : c’est à ce niveau que la sexualité et la procréation humaines parviennent à leur authenticité ; dans cet amour, la souffrance et la mort ont aussi un sens et, bien que persiste le mystère qui les entoure, elles peuvent devenir des événements de salut ; le respect de la vie exige que la science et la technique soient toujours ordonnées à l’homme et à son développement intégral ; la société entière doit respecter, défendre et promouvoir la dignité de toute personne humaine, à tous les moments et en tous les états de sa vie.
(Jean-Paul II, Evangelium vitae, 1995, n°81)
Pour citer cet article :
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L’activité humaine et le Royaume, la Parousie

“Pour les croyants une chose est certaine : considérée en elle-même, l’activité humaine, individuelle et collective (l’action dans la cité, le faire-cité, sont évidemment ici inclus), ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie, correspond au dessein de Dieu. Léhomme, créé à l’image de Dieu, a en effet reçu la mission de soumettre la terre et tout ce qu’elle contient, de gouverner le cosmos en sainteté et justice et, en reconnaissant Dieu comme créateur de toutes choses, de Lui référer son être aini que l’univers ; en sorte que, tout étant soumis à l’homme, le nom même de Dieu soit glorifié par toute la terre... Cet enseignement vaut aussi pour les activités les plus quotidiennes... Loin d’opposer les conquêtes du génie et du courage de l’homme à la puissance de Dieu et de considérer la créature raisonnable comme une sorte de rivale du Créateur, les chrétiens sont au contraire bien persuadés que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessein ineffable. Le message chrétien ne détourne pas les hommes de la construction du monde et ne les incite pas à se désintéresser du sort de leurs sembables : il leur en fait au contraire un devoir plus pressant” (Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n. 34).
“L’effort qui tend à instaurer une fraternité universelle n’est pas vain..., la charité ne devant pas seulement s’exercer dans des actions d’éclat, mais, et avant tout, dans le quotidien de la vie. L’Esprit appelle certains à témoigner ouvertement du désir de la demeure céleste et à garder vivant ce témoignage dans la famille humaine, Il appelle les autres à se vouer au service terrestre des hommes, préparant par ce ministère la matière du Royaume des cieux. De tous il fait des hommes libres pour que, renonçant à l’amour-propre et rassemblant toutes les énergies terrestres pour la vie humaine, ils s’élancent vers l’avenir, vers ce temps où l’humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu" (GS 38).
Au terme : "Ces valeurs de dignité, de communion fraternelle et de liberté, tous ces fruits excellents de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard mais purifiés de toute souillure, illuminés et transfigurés, lorsque le Christ remettra ` son Père ’un royaume éternel et universel : royaume de vérité et de vie, royaume de sainteté et de grâce, royaume de justice d’amour et de paix. Mystérieusement, le Royaume est déjà présent sur cette terre ; il atteindra sa perfection quand le Seigneur reviendra’ " (GS 39).
Pour citer cet article :
, « L’activité humaine et le Royaume, la Parousie », ceras, Enseignement social, Publications,
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Glossaire

Solidarité : mot clé de l’encyclique Sollicitudo rei socialis , elle invite à assurer la cohésion et le soutien mutuel des membres d’une communauté. Elle indique aussi que chacun doit contribuer avec ses semblables au bien commun de la société. S’opposant à l’individualisme, elle donne à la charité sa dimension collective et institutionnelle, tout en intégrant ses diverses dimensions (gratuité, pardon, réconciliation) (cf. SRS, 40). Le principe de solidarité est l’un des piliers de la pensée sociale de l’Eglise (cf. Instruction sur la liberté chrétienne et la libération, 73)

Subsidiarité : vient du latin « susidium » qui signifie « aide ». En vertu du principe de subsidiarité, et dans un sens négatif, ni l’Etat ni aucune société ne doivent se substituer à l’initiative et à la responsabilité des personnes et des communautés intermédiaires au niveau où elles peuvent agir (cf. MM, 138, PT, 74). Selon ce même principe, et dans un sens positif, l’Etat et la société doivent aussi aider les membres du corps social (QA, 87). Ce principe est l’un des piliers de la pensée sociale de l’Eglise (cf. Instruction sur la liberté chrétienne et la libération, 73)

Structures de péché : expression utilisée par Jean-Paul II dans Sollicitudo rei socialis (n°36) pour désigner l’effet d’accumulation et de concentration des péchés personnels des hommes sous formes de structures d’injustice. L’exhortation apostolique Reconciliatio et penitentia avait clarifié la question du « péché social » (n°16) en insistant sur le fait que si le péché est toujours personnel, une complicité entre les pécheurs crée, favorise ou solidifie des comportements collectifs et des structures socio-économiques foncièrement injustes qui conditionnent nos conduites.

Destination universelle des biens : dans la pensée sociale de l’Eglise, depuis Léon XIII, la propriété privée est à la fois un droit fondamental et un droit limité dans son usage car subordonné à la destination universelle commune des biens créés. (cf. RN, 18 ; MM, PP, 22-24 ; GS, 69.71. ; SRS, 42 ; CA, 30). La propriété privée a donc une fonction sociale (une « hypothèque sociale » dit SRS) qui fait qu’elle est soumise aux besoins éventuels de la communauté sociale. Au plan international, ce principe implique un devoir de solidarité vis-à-vis des pays pauvres.

Bien commun : « ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée » (GS, 26). Le bien commun est donc à la fois le bien de la communauté dans son ensemble et ce qui permet à chacun de mener une vie humaine : nourriture, habitat, logement, famille, éducation, liberté y compris religieuse, etc. (MM, 65, PT, 53-59). Il concerne tout homme et tout l’homme. La notion de bien commun implique la participation de tous et la coopération sociale. Du point de vue de l’Etat, elle signifie la sauvegarde des droits et devoirs de la personne humaine.

Amour de préférence (ou option préférentielle) pour les pauvres : empruntée à la théologie de la libération, l’Eglise fait sienne cette expression qui indique son désir de travailler de manière prioritaire à « soulager, défendre et libérer les pauvres » (Liberté chrétienne et libération, 68). A la suite de son Seigneur qui a voulu s’identifier « au plus petits » (Mt 25,40.45.) et qui pris sur lui la misère des hommes (Mt 8,17), l’Eglise est invitée à exercer un amour de préférence à l’égard de ceux qui sont dans le plus grand besoin, tant par des actions individuelles que par des changements structurels (cf. SRS, 42). Ce souci du plus pauvre manifeste le désir de rejoindre et défendre tout homme sans exclusive.

Promotion de la justice : ce thème est central dans la réflexion de l’Eglise sur sa mission depuis la conférence de l’épiscopat latino-américain de Medellin (1968) et le synode des évêques sur La justice dans le monde (1971) : « le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde nous apparaissent pleinement comme une dimension constitutive de la prédication de l’Evangile qui est la mission de l’Eglise » (n°7). Paul VI (cf. Evangelii nuntiandi ; PP) puis Jean-Paul II s’y référent abondamment (cf LE, 20 ; SRS 12 ; CA, 58, etc.) pour indiquer ce devoir de recherche du bien de l’homme tout entier, de dénonciation des injustices et de promotion des droits humains. Justice et charité, loin de s’exclure, sont à penser ensemble.

Travail et capital : pour Jean-Paul II dans Laborem exercens, le travail est la clé de la question sociale. Le travail reçoit sa valeur et sa dignité du fait que celui qui l’exécute est une personne, et que l’homme par le travail se réalise lui-même et devient plus humain (LE, 6). Tout homme a donc droit au travail (cf. GS, 67), comme une expression de sa personnalité et une participation à la vie sociale. Dans les relations entre travail et capital, la priorité doit être donnée au travail (LE,12) et le capital considéré comme le fruit historique du travail et un instrument au service de l’homme. Toutefois travail et capital sont indissolublement liés et ne doivent pas être antinomiques (LE,13). Le profit joue un rôle pertinent dans le bon fonctionnement économique mais ne doit pas être exclusif (SRS, 37 ; CA, 35).
Pour citer cet article :
, « Glossaire », ceras, Enseignement social, Publications,
document.php ?id=53